Le Don monétaire

La libre du 28/08/2020 et Pour écrire la liberté 10/09/2020

L’euro a 20 ans dont 10 ans de crises, de subprimes, de dettes souveraines et pandémique. Ces différentes crises ont amené la BCE à prendre des mesures « non-conventionnelles », doux euphémisme pour ne pas dire mesures « révolutionnaires totalement inconcevables » il y a à peine 15 ans. Toutes les théories monétaires, en particulier le monétarisme, base officielle de la politique monétaire, ont été jetées aux orties et de nouveaux territoires monétaires ont été défrichés ! Fini la politique des taux d’intérêt pratiquée par le prêteur en dernier ressort, on a sorti le bazooka monétaire avec les politiques quantitatives de rachat de titres financiers. Plutôt que de se préoccuper du « prix de la monnaie », la banque centrale se préoccupe de la « quantité de monnaie » en circulation. Elle a instauré la liquidité absolue du marché monétaire en rachetant des titres financiers et de dettes publiques par centaines de milliards d’euros. Son bilan ; 4700 milliards d’euros à la fin de 2019 ; a été multiplié par cinq en quinze ans. Et avec le « PEPP », le plan d’aide pour surmonter la crise économique due à la pandémie, son bilan va encore croître.

On est en droit de se demander si « de fait » on n’a pas changé de paradigme monétaire. En effet, faire demi-tour pour revenir à la situation monétaire antérieure est illusoire. Ni les entreprises, ni les particuliers, ni les Etats en sous-activité et endettés ne supporteraient la moindre hausse des taux d’intérêts. Les défauts de paiement exploseraient et une nouvelle crise démarrerait.

Ce demi-tour est d’autant moins nécessaire que l’inflation, voire l’hyper-inflation, prédite par la théorie monétaire comme conséquence de telles politiques non-conventionnelles ne s’est pas réalisée. En revanche, alors que la crise économique liée à la pandémie frappe fort, on assiste à l’explosion des cours boursiers et des valeurs des biens immobiliers. On navigue en plein paradoxe économique et monétaire.

En conséquence, on peut dire que le résultat de la politique monétaire est mitigé. Une magnifique réussite par l’absence d’effondrement post-crises et par la préservation de l’intégrité de la zone euro, d’une part, mais également chômage, croissance faible, endettement et développement des inégalités, d’autre part. La monnaie créée par la banque centrale a fortement alimenté les marchés financiers, a alimenté un peu l’économie réelle mais n’a pas permis d’avancer dans la transition vers une économie zéro carbone.

En fait, il apparaît de plus en plus clairement que la politique monétaire est prisonnière de sa structure institutionnelle. Le seul interlocuteur traditionnel des banques centrales est le monde bancaire qui a sa logique propre, une logique de profit. Il n’a pas de mission en termes de bien commun, de développement économique, de service public ou de transition zéro carbone. Dans cette structure institutionnelle, les objectifs bancaires, privés, se superposent et se substituent aux objectifs monétaires, publics. La politique monétaire est prisonnière de la logique financière. 

Les mesures « non-conventionnelles » ont une première fois brisé ce carcan institutionnel et l’apocalypse prédit par les théories monétaires ne s’est pas produit. Il est temps, à présent, de s’interroger sur la possibilité d’avancer plus loin dans cette nouvelle voie. Autoriser la Banque centrale à financer directement, soit par don, soit par prêt à 0%, les investissements publics de transition zéro carbone, les programmes de restauration de la biodiversité, les actions visant à remédier au choc de la pandémie ? Convertir la dette publique détenue par la banque centrale en dette perpétuelle à 0% ? Ce seraient là des moyens pour répondre à l’étranglement budgétaire des autorités publiques, aux défis économiques, écologiques et sociaux. 

En appliquant cette logique, un nouveau paradigme monétaire émergerait. L’investissement dans le bien public et le bien commun serait financé directement par la banque centrale sous forme de don ou de prêt à 0% et les activités privées seraient financées par le circuit bancaire privé traditionnel. Une nouvelle structure financière se mettrait progressivement en place, plus orientée vers le bien commun et le service public. Cette architecture financière serait probablement beaucoup plus stable que l’échafaudage financier actuel et permettrait probablement de répondre aux défis de notre temps. 

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